green trees on forest during daytime

Retour dans le temps

Tout ce qui c'est passé jusqu'à aujourd'hui

MES PENSÉES

9/19/20267 min temps de lecture

person holding silver and black chronograph watch
person holding silver and black chronograph watch

Depuis le 1er avril 2025, ma micro-entreprise existe officiellement.

Dit comme ça, ça paraît assez simple.

Dans ma tête, ça devait d’ailleurs l’être : quelques démarches, quelques formulaires, un numéro SIRET, et hop, l’aventure pouvait commencer.

Évidemment, ça ne s’est pas vraiment passé comme ça.

Les démarches ont pris plus de temps que prévu, il a fallu rassembler des documents, attendre, relancer, patienter encore un peu… et apprendre à ne pas perdre patience.

Sur le moment, je l’ai assez mal vécu. J’avais l’impression d’être prête à avancer, mais de rester coincée au point de départ.

Avec le recul, cette attente m’a quand même permis de réfléchir davantage à ce que je voulais créer.

Et des idées, j’en avais beaucoup.

Peut-être même un peu trop.

Je remplissais mes carnets de croquis, j’imaginais des formes, des couleurs, des pièces que j’avais envie de voir prendre vie en verre.

Puis est arrivée la partie beaucoup moins poétique : les calculs.

Le prix du verre.

Le cuivre.

La soudure.

Les outils.

Les emballages.

Le temps passé sur chaque pièce.

Et là, certaines idées qui me semblaient merveilleuses sur le papier devenaient soudain beaucoup moins réalistes.

J’ai commencé à comprendre qu’avoir une idée que j’aime ne suffit pas toujours.

Il faut aussi réussir à fabriquer la pièce sans exploser son coût, sans sacrifier la qualité et sans arriver à un prix complètement inaccessible une fois terminée.

Et trouver cet équilibre est probablement l’une des choses les plus difficiles pour moi aujourd’hui.

Certains dessins ont donc beaucoup évolué entre leur première version et la pièce finale.

D’autres n’ont jamais quitté le carnet.

Et finalement, je crois que ça fait partie du jeu.

Les premiers mois ont surtout été une période d’essais.

J’ai testé des associations de couleurs, des formes, différentes façons de travailler les détails. J’ai recommencé certaines pièces. J’en ai modifié d’autres au dernier moment.

C’est aussi pendant ces essais que je me suis rappelé pourquoi j’aime autant travailler le vitrail Tiffany.

Le verre peut paraître complètement différent selon la lumière.

Une couleur qui semble presque terne posée sur la table peut devenir magnifique devant une fenêtre.

Et parfois, c’est exactement l’inverse de ce que j’avais imaginé.

C’est frustrant.

Mais c’est aussi ce qui rend ce matériau tellement intéressant.

Il y avait cependant une autre partie de l’aventure à laquelle je m’étais beaucoup moins préparée : la pression que j’allais finir par me mettre moi-même.

À côté de ma micro-entreprise, je travaillais déjà comme salariée dans un atelier de vitrail.

Avant de lancer mon activité, j’étais à temps plein. Puis, en septembre 2025, je suis passée à mi-temps, réparti sur trois jours, justement pour dégager du temps pour mon propre projet.

Sur le papier, ça semblait être une bonne solution.

J’allais pouvoir continuer à avoir un revenu stable tout en développant mon entreprise à côté.

Mais dans ma tête, les choses se sont mises à aller beaucoup plus vite.

Je ne voulais pas simplement développer mon activité tranquillement. Je voulais qu’elle fonctionne assez vite pour pouvoir quitter mon travail salarié.

Et sans vraiment m’en rendre compte, j’ai commencé à mettre énormément d’attentes sur ce projet.

Il fallait créer.

Il fallait produire.

Il fallait avoir de nouvelles pièces à montrer.

Il fallait publier pour me faire connaître.

Et surtout, il fallait que tout cela marche.

Parce que dans ma tête, plus mon entreprise avançait vite, plus vite je pourrais partir de mon emploi salarié.

C’est là que quelque chose s’est dérèglé.

Je ne créais plus toujours parce qu’une idée me plaisait ou parce que j’avais envie de l’explorer.

Je créais aussi parce que je ressentais le besoin de produire davantage, d’avoir quelque chose à montrer, de donner l’impression que la marque avançait.

Certaines pièces ont commencé à ne plus vraiment me ressembler.

Elles étaient plus forcées.

Je cherchais parfois quoi fabriquer au lieu d’avoir naturellement envie de fabriquer quelque chose.

Et forcément, le plaisir a commencé à disparaître.

Le problème, c’est que je ne m’en rendais pas vraiment compte.

J’étais habituée à vivre avec cette pression.

Je travaillais trois jours dans un atelier de vitrail, puis je rentrais chez moi pour penser à mon entreprise, à mes créations, à ce que je devais produire ensuite, à ce qu’il fallait publier, à ce qui pourrait se vendre.

C’était devenu mon fonctionnement normal.

Je pensais simplement qu’il fallait tenir encore un peu, travailler davantage, avancer plus vite.

Je ne voyais pas que j’étais en train de m’épuiser.

À l’approche de Noël, tout a commencé à devenir plus difficile à ignorer.

J’étais fatiguée, tendue, et même mon propre projet, que j’avais pourtant créé par envie, commençait à devenir une source de stress.

Le fait de retrouver ma famille pendant les fêtes m’a permis de sortir un peu de cette routine.

Et c’est là que j’ai commencé à comprendre que je n’allais pas bien depuis un moment.

Pas à cause du vitrail.

Pas à cause de mon entreprise non plus.

Mais parce que j’avais transformé ce projet en porte de sortie, avec l’idée qu’il devait réussir vite.

Cette prise de conscience a changé beaucoup de choses.

J’ai finalement décidé de quitter mon travail salarié, qui était devenu ma principale source de stress, et de mettre temporairement ma propre activité en retrait.

J’avais besoin de retrouver de l’espace.

De ne plus créer avec une échéance invisible au-dessus de la tête.

De ne plus me demander en permanence si une pièce allait être assez intéressante, assez vendeuse ou assez utile pour faire avancer la marque.

Avec le recul, je comprends mieux ce qui s’est passé.

Je voulais tellement que mon entreprise me permette de changer de vie que j’ai fini par lui demander beaucoup trop, beaucoup trop vite.

Et moi aussi, je me suis demandé beaucoup trop.

Aujourd’hui, j’ai envie de recommencer.

Mais pas de recommencer exactement comme avant.

Ces derniers mois m’ont aussi poussée à réfléchir à ce que je voulais réellement faire de ma marque.

Jusqu’ici, je m’étais beaucoup enfermée dans l’idée qu’elle devait tourner uniquement autour du vitrail.

Et en ce moment, j’ai besoin de prendre un peu de distance avec lui.

Pas parce que je n’aime plus cet art.

J’ai encore en tête de belles pièces que j’ai envie de réaliser, et je sais que j’y reviendrai.

Mais après avoir passé autant de temps à travailler le vitrail dans mon emploi salarié, puis à en faire aussi le cœur de mon entreprise, j’ai fini par saturer un peu.

J’ai besoin d’une pause.

De retrouver l’envie avant de recommencer à produire.

Et surtout, j’ai besoin de pouvoir créer autrement.

C’est là que la décoration intérieure a commencé à prendre une vraie place dans ma réflexion.

Au départ, je la voyais surtout comme quelque chose de complémentaire.

Mais plus j’y pense, plus je me rends compte qu’elle m’offre énormément de possibilités.

Certaines idées que j’avais en tête étaient difficiles, voire impossibles à réaliser uniquement avec du vitrail.

En élargissant mon univers à la décoration intérieure, je ne me sens plus obligée de faire entrer toutes mes envies dans une seule technique.

Je peux explorer d’autres matériaux, d’autres objets, d’autres formes.

Et finalement, au lieu d’avoir l’impression de m’éloigner du vitrail, j’ai plutôt l’impression d’ouvrir une nouvelle porte.

Une porte qui me laisse beaucoup plus de liberté.

Le vitrail restera là.

J’y reviendrai quand j’aurai de nouveau cette envie de couper le verre, de chercher les bonnes couleurs et de voir une pièce prendre vie avec la lumière.

Mais je ne veux plus que ma marque repose sur une seule chose.

J’ai envie qu’elle devienne un espace où je peux suivre mes idées, même lorsqu’elles m’emmènent ailleurs.

Et je crois que c’est peut-être ça, le changement le plus important.

Avant, j’essayais de faire fonctionner une entreprise autour du vitrail.

Aujourd’hui, j’ai plutôt envie de construire une marque autour de ma créativité.

Si une idée devient un vitrail, tant mieux.

Si elle devient un objet de décoration, tant mieux aussi.

L’essentiel, c’est qu’elle me ressemble.

Cette fois, j’ai envie de construire mon projet plus lentement, sans me forcer à produire, et en me laissant beaucoup plus de liberté.

Je ne sais pas encore exactement à quoi ressemblera la suite.

Mais pour la première fois depuis un moment, cette incertitude ne m’inquiète pas vraiment.

Elle me donne plutôt envie de voir jusqu’où je peux aller.

À la semaine prochaine.

Prenez soin de vous.